LE GRAND TOUR DU VALAIS

Un récit de voyage du rider MAGURA Cedric Tassan.

J’ai l’habitude d’explorer les coins les plus reculés du monde à vélo tout terrain bio, mais ce périple est une première : c’est la première fois que je pars en vélo électrique ! Et pour cela, je me suis tout de suite fixé un objectif ambitieux : un grand tour à travers le Valais en Suisse, le nec plus ultra des Alpes. 

Ce projet me tient à cœur depuis des années. Je suis un grand fan de cette région de Suisse. Le Valais me fascine car il incarne pour moi l’essence même des Alpes : une région en grande partie préservée, avec des paysages d’une beauté à couper le souffle. Il faudrait sans doute toute une vie pour explorer chaque vallée et chaque versant et connaître vraiment chaque sentier. Car le Valais est sillonné par plus de 8 000 kilomètres de sentiers balisés de randonnée et de VTT. 

Entreprendre un grand circuit ici est un projet vraiment ambitieux, ne serait-ce qu’en raison du relief imposant. Petit aperçu géographique : le Valais est l’un des 26 cantons de Suisse et le troisième plus grand. Il correspond pour l’essentiel à la haute vallée du Rhône. Son point culminant est la Pointe Dufour, à 4 634 mètres – qui est également le plus haut sommet de Suisse –, tandis que son point le plus bas se trouve au bord du lac Léman, à 372 mètres. Pour nous, cyclistes, cela signifie avant tout une chose : des montées très fréquentes et très longues, souvent avec plus de 2 000 mètres de dénivelé d’affilée (et donc aussi des descentes, si l’on part du bas). 

Il faut donc imaginer une vallée large et profondément encaissée, traversée par le Rhône et encadrée par d’imposants versants montagneux. Et comme si cela ne suffisait pas, cette vallée du Rhône se ramifie, telle une colonne vertébrale, en de nombreuses vallées latérales qui s’enfoncent profondément dans les montagnes : le Val d’Anniviers, le Val de Bagnes, le Val d’Illiez, le Val de Nendaz, le Val d’Hérens, la vallée de Zermatt et bien d’autres encore. 

Pour éviter les déceptions sur des chemins inconnus, je décide de m’appuyer sur ma connaissance des lieux et de la compléter de manière ciblée par quelques nouveaux tronçons soigneusement sélectionnés. L’un des grands atouts de la Suisse réside dans son réseau de transports publics, qui est essentiel pour ma façon de voyager. Je profite de chaque occasion pour réduire le dénivelé : trains, téléphériques, cars postaux – tout m’aide à prendre de l’altitude plus rapidement. Car plus je « gagne » de dénivelé de cette manière, plus je peux ensuite continuer à grimper à la force de mes jambes. Et si, en chemin, je tombe sur un refuge où je peux recharger mes accus, je ne laisse bien sûr pas passer cette occasion. 

Pour ce grand périple, j’ai opté pour le nouveau ONE de SUNN. Je l’utilise depuis quelques mois et c’est pour moi le vélo tout terrain électrique polyvalent par excellence pour les randonnées alpines : 170 mm de débattement à l’avant, 160 mm à l’arrière, un poids relativement faible grâce au cadre en carbone, un équipement soigneusement adapté, un accu de 800 Wh et le nouveau moteur Bosch. Je sais que cela me permettra d’aller loin – en descente comme en montée. 

Par rapport à d’habitude, j’aurai toutefois nettement plus de bagages : une sacoche de guidon contenant toutes les pièces de rechange, une petite sacoche de cadre pour une partie du matériel de réparation et un sac à dos qui, pour être honnête, est beaucoup trop lourd. Il contient tout mon équipement pour la photo et la vidéo : deux drones, des accus externes, une caméra d’action, une caméra à 360 degrés, des chargeurs et le reste du matériel de réparation. Au final, je voyage donc tout sauf léger – un point dont je dois absolument tenir compte dans la planification de l’autonomie.  

Cap sur Sion, au cœur du Valais. La ville est facilement accessible en train depuis la France, mais je préfère prendre mon van. Je suis de nature prudente. Dans ce cas précis, il serait dommage que le projet doive s’arrêter prématurément à cause d’un problème technique. C’est pourquoi, en plus des deux vélos électriques tout-terrain – le mien et celui de Timothée, le photographe qui m’accompagne –, j’ai emporté un autre vélo électrique tout terrain ainsi qu’un vélo tout terrain classique. Les deux vélos restent rangés en sécurité dans le van, au cas où. J’ai également emporté une boîte à outils bien équipée et quelques pièces de rechange. Et c’est précisément cette stratégie de précaution qui s’avérera précieuse à la fin du voyage. 

J’arrive à Sion sous un violent orage. La température chute brusquement de 40 à 20 degrés ! Je gare mon van dans le parking souterrain de Valais Wallis Tourisme, qui m’a été aimablement mis à disposition. Après une nuit reposante à l’hôtel, je reprends la route tôt le matin : je monte dans le train en direction de Martigny. Mon ONE est rangé en toute sécurité dans les emplacements prévus pour les vélos. 

À Martigny, je change de train pour rejoindre le Val de Bagnes. Au Châble, terminus de la ligne, je prends le téléphérique qui monte à Verbier. Ce téléphérique est officiellement considéré comme un moyen de transport public et évite surtout aux personnes qui travaillent dans le domaine skiable de longs trajets en voiture. C’est pourquoi il est en service de 5 h 15 à 23 h 50. 

Une fois arrivé à Verbier, je prends directement le téléphérique des Ruinettes, qui m’emmène à 2 200 mètres d’altitude. Dès la montée, une vue impressionnante sur Verbier s’offre à moi – le panorama est tout simplement magnifique. 

L’air frais et vivifiant de la montagne me chatouille les narines. Après l’orage de la veille, qui a littéralement balayé la poussière de l’atmosphère, l’air est limpide et pur, la vue imprenable : j’aperçois aussi bien le massif des Combins que le Mont-Blanc. Les premières cloches de vaches résonnent à mes oreilles, tandis que les rhododendrons sont en pleine floraison. Tous mes sens sont en éveil – pas de doute, je suis en Suisse. 

Après une magnifique sortie, pendant laquelle je laisse délibérément le moteur éteint, j’atteins la Croix de Cœur, un col qui marque le passage vers le versant nord du domaine skiable. Pour commencer, je me suis fixé comme objectif une piste bleue dans le bike park de Verbier : la Chôtatai, cinq kilomètres de descente pure avec près de 700 mètres de dénivelé. 

Après un magnifique passage à travers les alpages, je m’enfonce dans la forêt, où m’attend une succession de virages serrés. C’est le moment idéal pour me familiariser avec toute ma « Charge ». 

Arrivé au village de La Tsoumaz, je commence une longue traversée qui doit me mener dans la vallée voisine. Après une dizaine de kilomètres à travers de magnifiques forêts de mélèzes, j’atteins le Val de Nendaz et le petit village de Siviez. De là, je prends le télésiège de Combatzeline qui me ramène dans la région des alpages. 

S’ensuit une nouvelle traversée panoramique jusqu’à un restaurant de montagne accueillant. La grande terrasse des « Chottes » offre une vue spectaculaire. Et comme si cela ne suffisait pas, les propriétaires ont même installé un porte-vélos équipé de prises électriques. Une aubaine – je décide spontanément de recharger mon vélo. 

Après un bon sandwich au fromage, je remonte sur mon vélo, qui est désormais chargé à 94 %. Mais le ciel s’est nettement assombri entre-temps, et les premières averses s’abattent sur les pentes lointaines. Heureusement que j’ai rechargé mon vélo : juste derrière le restaurant commence une montée raide. J’active l’assistance maximale. 

Plus haut, le chemin devient de plus en plus alpin et se transforme finalement en sentier. Je me penche sur le guidon et j’essaie de mettre autant de poids que possible vers l’avant. La montée devient de plus en plus raide, jusqu’à ce que je doive finalement descendre et pousser mon vélo. Heureusement, l’aide à la poussée facilite un peu le passage, même si j’aurais souhaité qu’elle soit mieux réglée – moins fatigante pour les bras et mieux adaptée à mon rythme de marche. J’atteins enfin le Mont Rouge, à près de 2 500 mètres d’altitude. Et la vue est à couper le souffle. Je m’arrête un instant pour prendre des photos et m’imprégner du paysage. 

Mais le temps continue de se dégrader. Je quitte le sommet et descends en suivant une belle crête jusqu’à atteindre les Gouilles – de petits lacs, comme on les appelle en dialecte valaisan. Le sentier devient alors plus accidenté, traversant des passages humides et rocheux. Finalement, le refuge apparaît. Je m’y réfugie – et à peine suis-je au sec que l’orage éclate. Violent. 

À l’intérieur, il fait agréablement chaud. Dans la confortable cabane d’Essertze, je partage la salle commune avec un groupe de cyclistes tout terrain qui effectuent la traversée de Chamonix à Zermatt, ainsi qu’avec quelques randonneurs. L’ambiance est détendue et familiale, l’équipe de la cabane très chaleureuse. La soirée s’écoule sous une pluie battante. Je finis par m’endormir dans le dortoir – et au moins, la nuit est épargnée par les concerts de ronflements. Ouf !

Tôt le matin, après un bon petit-déjeuner avec un délicieux pain fait maison à la cabane, on redescend dans la vallée par un magnifique sentier – exactement comme on aime découvrir la montagne. Les pistes de bike park sont ici moins mises en avant ; ce sont plutôt les sentiers classiques et authentiques qui donnent le ton. La diversité est essentielle : de larges virages alternent avec des virages serrés, des passages étroits – parfois exposés – succèdent à de longues traversées, entrecoupées de tronçons rapides et fluides. 

Une fois arrivé dans le Val d’Hérémence, une longue montée s’annonce – d’abord sur la route, puis sur un sentier. Elle est accompagnée du vrombissement incessant et assourdissant d’un hélicoptère qui transporte du bois abattu – une scène tout à fait familière en Suisse. 

Comme je n’ai pas pu recharger l’accu la veille au refuge, je surveille constamment le niveau de charge. Heureusement, l’étape n’est pas trop longue. 

À l’entrée du Val d’Hérens, le parcours devient spectaculaire : à gauche, la pente est abrupte, tandis que le regard se perd au loin sur une chaîne de glaciers. En chemin, l’itinéraire traverse quelques hameaux aux vieux chalets en bois, avant de descendre finalement vers Evolène.

C’est là que la journée s’achève sous un ciel gris – la prochaine averse ne devrait pas tarder à tomber. Une fois le vélo tout terrain rechargé, il reste un peu de temps pour souffler sur la terrasse – le regard se perd au loin, là où se dessine, comme une silhouette, le Cervin. 

La matinée suivante s’annonce difficile : une longue journée m’attend. Pour quitter la vallée, l’itinéraire emprunte d’abord une longue route avant de déboucher sur un sentier qui traverse les alpages. Après le joli hameau de Volovron commence une magnifique traversée sur un sentier de randonnée étroit. J’ai sans cesse l’impression que le parcours suit un ancien bisse – ces canaux historiques qui permettaient de capter l’eau des torrents de montagne pour l’acheminer vers les alpages et les hameaux. 

Un autre village se trouve sur le parcours, puis je décide de continuer à travers champs sur un sentier balisé. La montée se poursuit sans relâche. La consommation est d’environ 10 % d’accu pour 200 mètres de dénivelé – soit environ 2 000 mètres de dénivelé par charge complète. Compte tenu du poids total, c’est un très bon résultat. Après un magnifique passage à travers les alpages, le compteur affiche déjà 25 kilomètres et 1 300 mètres de dénivelé. 

S’ensuit une longue descente de rêve vers le Rhône : de 2 300 mètres à environ 500 mètres d’altitude. Une fois en bas, je prends le train à la gare de Saint-Léonard pour rejoindre Sierre – une ville du Valais, là où le français cède peu à peu la place à l’allemand. Depuis la gare, un bus m’emmène dans le Val d’Anniviers ; le vélo tout terrain électrique est solidement arrimé sur le porte-vélos. 

La montée vers la vallée est impressionnante : étroite, en altitude et avec un tracé exigeant qui rappelle presque le Népal – heureusement parfaitement asphaltée. À Saint-Luc, un village valaisan typique et particulièrement beau, un hôtel avec une vue spectaculaire m’attend. Après un plongeon dans la piscine, je me rends sur la grande terrasse surplombant le village. Une délicieuse fondue au coucher du soleil vient couronner la journée.

Une nouvelle journée à vélo commence. Je me rends d’abord au téléphérique de Saint-Luc ; quelques minutes plus tard, mon vélo se trouve déjà à 2 200 mètres d’altitude. Il y a bien un petit bike park là-bas, mais je n’ai pas le temps de m’y attarder : une longue journée m’attend et les nuages sont bas au-dessus des sommets. 

Après une nouvelle traversée, j’emprunte le télésiège de Tsapé pour franchir 500 mètres de dénivelé. Même si le parcours serait praticable, je décide délibérément de ne pas le faire – je veux garder mon énergie pour la suite. Une belle montée légèrement technique mène ensuite à travers le brouillard jusqu’au col de l’Illsee, à 2 550 mètres d’altitude. Il est donc temps de dire au revoir au Val d’Anniviers : la descente commence sur le versant est. 

La première partie est extrêmement technique, il est souvent judicieux de descendre brièvement de son vélo – certains passages sont tout simplement exposés et exigeants. Plus bas, dans l’alpage, le sentier devient plus fluide et mène finalement à un barrage. La traversée offre une vue spectaculaire sur la vallée du Rhône. 

S’ensuit ensuite un embranchement à gauche vers une descente sauvage à travers une vallée isolée. Au début, elle reste techniquement exigeante : virages serrés, pierres instables, concentration maximale. Après un passage plus fluide, une section particulièrement intense m’attend – étroite, raide, rocheuse et par endroits à peine visible. Le soulagement n’en est que plus grand lorsque j’atteins enfin la barre des 1 800 mètres et que le sentier s’enfonce dans la forêt. Le plus dur est derrière moi. 

700 mètres de dénivelé sur un sentier très technique sont derrière moi – il ne reste plus que 1 300 mètres de pur plaisir. Cette descente devient un véritable voyage : des sols changeants, des paysages sans cesse renouvelés, de petits hameaux le long du chemin. Tout en bas, je traverse le pont du Bhoutan, qui surplombe de manière spectaculaire la gorge de l’Illhorn – un moment qui me donne soudain l’impression d’être presque dans l’Himalaya. 

Il faut maintenant se dépêcher : il ne faut pas rater le train pour Zermatt. Dans le wagon, une prise électrique très pratique attire l’attention – parfaite pour recharger ses appareils pendant le trajet. Après environ deux heures, le train arrive dans ce qui est sans doute la station de vacances la plus célèbre de Suisse. 

Zermatt semble être un autre monde. Nichée entre les plus hauts sommets du pays, la station voit sa population tripler en haute saison pour atteindre environ 20 000 habitants. Et aujourd’hui, c’est l’effervescence : le marathon de Zermatt est prévu le lendemain. Dans la rue principale bondée, des vacanciers venus du monde entier – notamment d’Asie – se pressent pour admirer le paysage glaciaire, tandis que des alpinistes se préparent à l’ascension du Cervin. 

Aussi impressionnante que soit cette effervescence, l’envie de calme grandit. C’est pourquoi l’itinéraire mène de l’autre côté de la vallée, juste en contrebas de la pyramide emblématique qui rappelle le logo d’une célèbre marque de chocolat. Le long du Zmuttbach, la montée est rapide, sur un magnifique sentier. Plus haut, le chemin longe finalement la moraine du glacier du Zmutt. 

Cet endroit fait l’objet d’une surveillance particulière dans le contexte du réchauffement climatique : le glacier qui surplombe Zermatt se transforme à vue d’œil, et tant la fonte que d’éventuels glissements de terrain peuvent entraîner des risques considérables. 

Le chemin se poursuit sur une crête étroite, presque comme un numéro de funambule – avec, en toile de fond, une vue grandiose sur la face nord du Cervin. 

L’arrivée à la cabane de Schönbiel ne passe pas inaperçue : la terrasse est bondée et, l’espace d’un instant, tous les regards se tournent vers le vélo. Ce soir, la cabane affiche complet – elle trône de manière spectaculaire sur un promontoire rocheux et marque l’une des dernières étapes de la célèbre Haute Route entre Chamonix et Zermatt. 

Le coucher de soleil sur le Cervin est tout simplement époustouflant : la montagne resplendit de tons rouges et orangés intenses. 

Le lendemain matin, le ciel est complètement couvert. Les nuages sont bas et enveloppent entièrement le refuge ; la visibilité est pratiquement nulle. Plutôt que de descendre à l’aveuglette, il faut attendre – et la patience finit par payer : au bout d’environ deux heures, le ciel commence à s’éclaircir. Il est presque 9 heures lorsque la descente commence enfin. 

Bien que je sois le dernier à partir, je rattrape rapidement les premiers randonneurs – un avantage indéniable du vélo, qui transforme une étape pénible en pur plaisir de conduite. Plus bas, une longue traversée mène à un passage étroit et rocheux. Il faut descendre de vélo pour franchir ce passage à pied. La traversée est délicate. 

C’est alors que ça arrive : mon pied glisse sur une dalle. Sous le poids du vélo tout terrain électrique, ma chaussure est entraînée jusqu’à ce qu’elle retrouve brusquement prise. La cheville se tord complètement, l’os semble presque toucher le sol, accompagné d’un craquement inquiétant. Je soupçonne une fracture. 

Un premier bilan s’impose rapidement : extérieurement, rien ne semble cassé. Cependant, l’expérience montrant que la douleur peut s’aggraver, nous redescendons dans la vallée aussi vite que possible. La cheville est raide, mais encore solide. 

Un autre passage technique s’ensuit. Devant une impressionnante cascade, avec le Cervin en arrière-plan, la blessure passe un instant au second plan. Virage après virage, la descente se poursuit, sous les regards étonnés des randonneurs. La descente s’éternise, puis vient une remontée qu’il faut effectuer en poussant le vélo – une position loin d’être idéale pour la cheville. Il faut donc accélérer tant que c’est encore possible. 

Une variante prévue est abandonnée pour rejoindre directement Zermatt. Le village est en effervescence : le marathon bat son plein, des centaines de coureurs munis de dossards sont en route. Une évaluation précise de la situation serait en fait nécessaire, mais dans la foule, il est difficile de réfléchir clairement. 

La décision est prise de faire une pause dans un restaurant tranquille. Le vélo est branché pour se recharger, on en profite pour prendre un bon repas et se reposer pendant plus d’une heure. Ensuite, on repart. La cheville est loin d’être stable, mais elle tient étonnamment bien le coup. Il serait raisonnable de consulter un médecin – mais on s’en tient à un compromis. 

L’itinéraire initial n’est pas poursuivi ; il restait encore environ 50 kilomètres de terrain difficile. À la place, l’étape se concentre sur la dernière partie, qui promet environ 30 kilomètres de pure beauté. 

Je quitte Zermatt en train et descends à Stalden, un petit village sur le chemin du retour. De là, le téléphérique m’emmène à Gspon – une région paisible avec de vastes alpages et un petit hameau. Ici, le calme revient. 

Après environ 7 kilomètres et 400 mètres de dénivelé dans un paysage alpin impressionnant, j’atteins le lac Gibidum : un magnifique lac de montagne où quelques personnes se baignent déjà. Ma cheville me fait nettement mal – l’eau froide apporte un soulagement bienvenu. Ensuite commence une longue descente : d’abord rapide à travers les alpages, puis techniquement exigeante dans la forêt. Comme le pied n’offre pas de prise sûre, je descends régulièrement de vélo pour ne prendre aucun risque. 

La descente s’éternise. Finalement, on prend un analgésique. 

Un virage à droite mène à un sentier escarpé au fond d’un ravin. Après quelques virages techniques, on traverse un pont – de l’autre côté, une montée rocailleuse commence immédiatement. La douleur s’intensifie nettement, on ne peut continuer qu’en serrant les dents. 

Le sentier est étroit, caillouteux et physiquement exigeant. Pousser le vélo devient un calvaire, le pied gauche semble instable et sans force. Au bout d’une vingtaine de minutes, un tronçon plus praticable s’ouvre et on avance à nouveau un peu plus vite. S’ensuit ensuite un raccourci par un sentier extrêmement caillouteux – les vibrations sont brutales.

À 18 h 30, j’arrive enfin à Brigue – l’heure de se reposer. 

Le lendemain, je décide de me rendre à l’hôpital de Viège : la douleur persiste. Après une radiographie, un examen médical et 825 euros de moins, je quitte la clinique avec une attelle au pied – diagnostic : entorse grave. 

L’après-midi, le voyage se poursuit néanmoins : d’abord en train, puis en téléphérique jusqu’au village idyllique de Bettmeralp, où la récupération est la priorité. Le temps n’est guère engageant – le brouillard et la bruine dominent l’atmosphère. Une longue sieste dans la petite chambre en bois sous les toits me redonne néanmoins de l’énergie. 

Le lendemain, nouvelle tentative : l’objectif est d’atteindre le glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes. Le vélo tout terrain électrique est complètement chargé, tout fonctionne en « mode turbo », en sollicitant le moins possible le pied. Par un sentier panoramique, l’itinéraire traverse un long tunnel jusqu’aux abords du glacier. Un point de vue semble à portée de main, mais le chemin plat et très caillouteux demande plus d’efforts que prévu – il faut donc faire demi-tour. 

L’envie d’un itinéraire de retour alternatif persiste cependant : on connaît un sentier en corniche spectaculaire. On tente donc le coup. Étonnamment, la cheville tient mieux que prévu – les descentes techniques sont abordées avec prudence, et à mesure que la distance augmente, la douleur s’atténue même légèrement. 

Après une sortie en téléphérique de l’Eggishorn pour admirer de près ce géant de glace – une véritable merveille de la nature à ne pas manquer –, un autre temps fort nous attend : le flow trail de la région. Puis, retour dans la vallée. Au final, 40 kilomètres au compteur. 

De retour à Brigue, les prévisions météo sont déjà claires : demain, le temps sera à nouveau instable. Nous décidons donc de consacrer cette journée au repos. Un coup de fil à Ryan, de l’office du tourisme de Loèche-les-Bains, nous apporte une suggestion qui tombe à pic : arriver plus tôt et profiter des bains thermaux. Une offre que nous acceptons volontiers – nous rejoignons la station confortablement en car postal. 

Le lendemain matin, une pluie persistante s’installe et les températures ont nettement baissé. La matinée aux thermes est l’occasion idéale de se ressourcer. Vers midi, le col de la Gemmi est au programme – terminus d’un téléphérique spectaculaire qui grimpe le long des parois rocheuses escarpées au-dessus du village. En haut, les conditions hivernales règnent déjà : chutes de neige, vent glacial et fins flocons qui fouettent le visage. De retour au chaud, on déguste un rösti avec une vue spectaculaire – un contraste saisissant avec le temps qu’il fait dehors. L’après-midi, enfin, le vent tourne : le ciel s’éclaircit et le beau temps est annoncé pour le lendemain. 

Le lendemain matin, le ciel est d’une clarté incroyable. On fait vite nos bagages, puis on prend le téléphérique jusqu’à la Rinderhütte. À 2 300 mètres d’altitude, la vue est spectaculaire : des montagnes recouvertes de neige, un air pur, un panorama impressionnant. 

L’itinéraire prévu est considéré comme l’un des plus beaux du Valais – un rêve de longue date. Ryan nous rejoint et nous accompagne pour cette étape. Le chemin traverse de vastes alpages suisses, dans un paysage qui ne pourrait guère être plus impressionnant. Et si c’est vraiment le dernier jour, alors c’est exactement celui-là qu’il faut. 

À l’heure du déjeuner, une halte dans un petit hameau est prévue. Au restaurant Trächu Hittu, nous sommes chaleureusement accueillis. On nous sert une « Cholera » – une tourte typique et copieuse du Haut-Valais, garnie de pommes de terre, de poireaux, d’oignons, de pommes et de fromage. Ce nom inhabituel remonte à l’époque des épidémies, lorsque l’on cuisinait simplement ce que l’on avait sous la main. Le plat est excellent, et les hôtes servent avec un dévouement palpable des produits frais et régionaux. 

Pour la deuxième partie de la journée, le vélo tout terrain électrique dévoile tout son potentiel : une rampe goudronnée nous attend – 1,4 kilomètre et près de 250 mètres de dénivelé d’un seul coup. Après un joli hameau, l’itinéraire se poursuit sur un sentier à travers des alpages rocheux. Une fois au sommet, la descente commence – tout simplement impressionnante : rapide, techniquement exigeante par endroits, avec des virages fluides et des vues spectaculaires à chaque instant.

Le spectacle se poursuit dans la forêt : l’itinéraire descend en traversant tous les étages de végétation. De 2 400 mètres, on descend jusqu’à 600 mètres, tout en profitant sans discontinuer de superbes vues sur le paysage. La dernière partie emprunte un sentier rocailleux et très aride – typique des versants sud du Valais, où l’on peut même entendre des cigales par endroits. 

Une fois en bas, la décision est prise : ce grand circuit en vélo tout terrain électrique s’arrête ici. Il aurait été possible de continuer encore deux jours, mais compte tenu de ma cheville blessée, c’est déjà un exploit d’avoir réussi à mener le circuit jusqu’ici. Retour à Sion pour récupérer la voiture. 

Une fois le Kern – un vélo tout terrain de seulement 13 kilos – installé dans le coffre, une nouvelle idée germe : pourquoi ne pas laisser le VTT électrique sur place, réduire radicalement les bagages et tenter une dernière journée ? En effet, l’une des plus longues descentes du Valais est prévue pour le lendemain, avec des passages à porter. Avec un VTT électrique, ce ne serait de toute façon pas faisable. 

La décision est vite prise : on emporte le Kern, une grande partie de l’équipement reste sur place. Seul le maillot de bain est indispensable – l’hôtel à Crans-Montana dispose d’une piscine impressionnante. Il ne reste qu’une question : la cheville tiendra-t-elle encore le coup pour cette dernière étape de l’aventure ? 

Informations pratiques : 

  • Comment s’y rendre : en avion via l’aéroport de Genève, en train jusqu’au Valais ou en voiture (veuillez vous procurer la vignette autoroutière suisse). 
  • Infos : vous trouverez toutes les informations sur le canton sur le site web de l’office du tourisme : 

https://www.valais.ch/fr

(pictures by Tim Demarchi)